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L'incompréhension et l'envie d'avancer des commerçants

5 décembre 2020

L'incompréhension, c'est sans doute le mot qui revient le plus dans la bouche des socioprofessionnels de la vallée du Louron. Mais majoritairement, il est associé à une envie d'avancer, lié à l'amour de ce territoire sur lequel ils vivent.

Jean-Luc Forgue gère l'épicerie fine “Le Brespaillou”, à Loudenvielle. Il a choisi de rester ouvert durant le confinement, pour ne pas jeter les produits frais qu'il vend. Il ne mâche pas ses mots : “C'est complètement stupide des stations ouvertes sans remontées mécaniques, c'est comme un restaurant sans nourriture. Si on va plus loin, les stations n'auront pas de rentrée d'argent, mais elles auront la nécessité de payer le personnel pour entretenir les pistes, assurer la sécurité. Là-haut, à Paris, ils ne connaissent pas nos vies en fond de vallée. Nous vivons du tourisme. Pour le premier confinement, on était en fin de saison, on avait de la trésorerie, mais là, on n'en a plus. Et on ne sait pas combien de temps on nous demande de tenir. Il faudrait qu'on soit résilient, mais comment devenir plus fort sans les gens qui nous renforcent, nous permettent de vivre. Pourtant, je veux continuer à y croire. Ça risque d'être plus compliqué pour ceux qui débutent, ceux qui ont de la bouteille, on devrait survivre. Et les locaux sont là pour nous soutenir… Même si ça ne compense pas le manque à gagner lié au tourisme.”.

À l'Ardoise, un restaurant à Loudenvielle, ils sont deux associés, Rémi Lamiaud en cuisine et Michel Delcor au service. Une chance soulignent-ils, ils n'ont pas de salariés à payer. Ils ont repris depuis moins d'un an. Pour l'instant, ils ont réussi à ne pas reporter leurs emprunts mais là, ils n'ont plus de trésorerie. Si les vacances de Noël sont ratées, “ça va devenir compliqué”. Il ne faudra pas laisser passer les vacances de février aussi. Alors, pour garder un peu d'activité, le contact avec les clients locaux, les deux hommes proposent tous les midis du lundi au vendredi et le samedi soir un menu “à emporter”. Pour faciliter la vie de leurs clients, leurs plats peuvent se réchauffer. Ils sont tous cuisinés avec des produits frais, ce qui ne facilite pas la gestion des stocks. Mais ils tiennent à la qualité. C'est aussi une façon de remercier les personnes qui les soutiennent : “On voit des personnes qui viennent chercher des plats et qui ne sont pas des habitués. On sait qu'ils font ça pour nous aider et ça fait du bien”. Pour Frédéric Lapeyre, la donne est différente. Il a sur Val Louron un self-service, bar, le Trounquet, depuis 8 ans déjà. Une grosse structure avec 100 places à l'intérieur, autant à l'extérieur et 8 à 10 employés en pleine saison. Ses salariés sont des habitués, le cuisinier est là depuis le début, une serveuse depuis 5 ans, ils arrivent de Bretagne et de Normandie. Ils souhaitaient des promesses d'embauche, impossible à fournir. Une position très difficile pour le patron qui s'est résolu à faire une croix sur la période de Noël, trop risquée. C'est l'hiver que Frédéric Lapeyre fait l'essentiel de son chiffre d'affaires, même s'il est ouvert aussi durant l'été. La saison cette année sera donc pour lui très très courte : “On a intégré l'incertitude de la neige, un Noël sans neige, on sait faire. Mais là, cette décision de l'État, c'est difficile à accepter : depuis un mois on travaillait sur du “à emporter”, et là, on se retrouve… à rien jusqu'à au moins le 20 janvier. Le seul avantage, c'est que je vais pouvoir passer Noël en famille comme mes salariés. Je pense à eux, à mes fournisseurs… Heureusement, il y a la solidarité entre nous. On est descendu à Tarbes le 23 novembre pour manifester côte à côte, avec ceux de la vallée, mais aussi ceux de la vallée d'Aure, on se téléphone pour prendre des nouvelles. Les élus également sont à nos côtés”.

Cathy Forgue est monitrice de ski à Val Louron. Elle ne sait plus du tout où elle en est. Elle gère un parc de jeux l'été et se disait qu'elle allait peut-être ouvrir. Mais après l'annonce de la fermeture des stations, puis de leurs ouvertures sans remontées, le bruit enfle que les jardins d'enfants pourraient fonctionner. Qui croire ? Quelle décision prendre ? Elle qui est profondément attachée à sa station, qu'elle trouve unique et dont elle adore la clientèle ne sait plus que penser.

Pour Jean-Séb, d'Intersport, c'est très pénalisant. Il vient d'investir sur le magasin. Il ouvrira pour la vente mais ne sait pas pour l'embauche du personnel. Il se donne encore quelques jours pour réfléchir.

Ludo, de Sport Mountain à Loudenvielle, a lui été surpris de cette décision, alors qu'il croyait à une négociation et une position annoncée début décembre. Cette annonce, alors que les stations comme les magasins avaient leurs protocoles prêts est pour lui inexplicable. Il n'est pas pour autant catastrophé, “parce qu'il faut aller de l'avant et foncer”. Il refuse de se laisser abattre : il avait promis à son salarié un CDI en janvier, il tiendra parole.

Annie Nestier et Anne Billard